Wonderfull Life - Saison 2

Mercredi 7 septembre 2005

Et voilà, ça y’est, c’est le dernier jour de mes vacances… En 2 semaines ½ je n’ai rien fait, c’est désespérant ! Quand je débute des congés c’est toujours les même chose je me dis que je vais enfin pouvoir faire ce que je n’ai pas le temps de faire le reste de l’année et puis arrive le dernier jour et le constat est là : je n’ai pas lu les 20 livres que j’avais prévu, je ne me suis pas remis au dessin, je n’ai pas fait de photographie, je n’ai pas fait de gâteau au chocolat, je ne me suis pas occupé des tas de trucs administratifs qui encombrent une vie, je n’ai pas fait mes étagères pour ma salle de bain, je ne suis pas allé au ciné une fois par jour, je n’ai pas découpé ma table de cuisine, je n’ai pas visité les musées en attente depuis des siècles, je n’ai pas vu 50 000 personnes, je n’ai pas parfais un bronzage, d’ailleurs je n’ai pas bronzé, je ne me suis pas baigné une seule fois, je ne me suis pas promené dans tous les parcs de la ville, je n’ai pas rendu visite à tout le monde, je ne me suis pas vraiment reposé, je n’ai pas fait tous les achats compulsifs en attente depuis des lustres, je n’ai pas réorganisé tout mon appart, je n’ai pas construit des portes pour le placard de l’entrée, je ne suis pas allé chez Ikéa.

Quand j’étais plus jeune, les grandes vacances étaient mon pire cauchemar. Un mois durant je m’enfermais toutes les après-midi dans la chambre de mon frère pour lire et observer le plafond en attendant que le temps passe. De temps en temps, je passais une après-midi avec une amie à lui dire que rien ne me plaisait. Le deuxième mois je partais avec mes parents passer des vacances dans un endroit que je détestais, puis à notre retour je ressortais d’un tiroir mes grandes affiches pour continuer mon arbre généalogique des divinités grecques, je triais mes papiers de l’année précédente, je plantais deux ou trois fleurs, je bricolais une boîte ou une porte et je soupirais en apercevant le 1er septembre arriver. 

 A présent que je suis un grand garçon,  je m’aperçois à mon grand désespoir que rien n’a changé, si ce n’est la durée de ce calvaire. J’ai passé une semaine à lire un tout petit peu, à observer le plafond de mon appartement, j’ai passé deux après-midi avec des amis à leur dire que rien ne me plaisait. La deuxième moitié, je suis parti chez mon frère faire des activités qui ne m’ont pas plu, j’ai ressorti de vieux papiers, j’ai coupé deux branches de mon bambou, peint la porte ma pièce et aujourd’hui je soupire en voyant mon dernier jour arriver à son terme.

Mais c’est quoi mon problème avec les vacances d’été ? Ah oui ! Je n’aime pas l’été. Autant lorsque je prends des vacances le reste de l’année, je déborde d’activités et parviens à me reposer, autant l’été, je me sens comme une méduse échouée sur la plage, attendant que le soleil me fasse fondre comme si j’étais une motte de beurre. Mais je ne suis pas  une substance graisseuse et encore moins un animal protéiforme et tentaculaire. Encore que protéiforme…. Cependant je reconnais que comme dans mon enfance il est trois choses que les vacances d’été m’apportent : l’impression que je me suis arrêté deux siècles et demi depuis mon dernier jour de travail, une envie irrésistible de grandir pour que ce soit mieux après et l’espoir d’un automne pluvieux.

Par Néo
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 14 septembre 2005

Depuis 3 ans, je sais que je vais mourir un jour. Cela semble anodin tellement nous sommes habitués pauvres humains à cette idée qu’un jour, nous allons mourir. Mais moi je l’ai appris, il y a seulement 3 ans. C’est stupide, avant je le savais bien que j’allais mourir. C’était écrit en code sur une feuille blanche tendue par cette charmante femme : « HIV1/HIV2 présence significative ».

Une heure plus tard nous sortions de l’entretien. La colère première était redescendue et avait cédé la place à une sorte de torpeur. Puis ce fut une urgence, faire tout ce que j’avais laissé en suspens, le plus vite et le plus froidement possible, des fois que je mourrais dans les heures qui suivaient. Mais le virus ne vous tue pas comme cela. C’est d’ailleurs pour son absence de rapidité qu’on le nomme parfois Lentivirus. Maintenant il y a en moi un virus bien décidé à me fatiguer, m’épuiser, m’affaiblir, me diminuer de façon quasi sadique et LENTE. Stupidement me revient à l’esprit une publicité pour un fromage vieillissant en cave dont le maître affineur dit avec un accent rustaud : « lentement, très lentement ». Je m’imagine déjà sur les étagères d’une cave avec des moisissures sur le corps, fromage parmi les fromages en train de pourrir lentement. Je me dis que le SIDA est un peu comme une moisissure et qu’un séropositif vient de dépasser la limite de consommation, lentement le virus se propage. Seulement voilà, nous sommes alors en 2003, plus dans les années noires de la maladie comme nous le raconte la charmante doctoresse, a priori nous résisterons plus longtemps, la médecine a fait des progrès, on peut vivre plus longtemps avec le virus, plus longtemps avec la maladie. Plus longtemps, oui… mais combien de temps ? 5 ans, 10 ans, 15 ans plus ? On ne sait pas nous répondre. Pourtant il y a maintenant en moi cette surconscience de la mort. Auparavant, c’était là aussi mais pas aussi déterminé, pas aussi évident.
Dans les jours qui suivent, nous courons, dans les magasins, dans les rues, nous travaillons comme des forcenés au marteau et au burin pour refaire le sol de la salle de bain. Le marteau m’éclate une ampoule au milieu de la main, un liquide s’en échappe. Je l’observe en me demandant si le virus est présent dedans. Pendant les jours qui suivent, l’ampoule ne parvient pas à sécher, j’observe régulièrement la chair humide qui hésite entre sécher, s’agrandir, se putréfier. Une croûte se forme peu à peu. Pendant 3 jours, je regarde la tache de chair comme si elle était mon virus. Peu à peu elle semble diminuer se cacher, entrer à l’intérieur de la main. Dans quelques jours maintenant, on ne la verra plus.
En traversant le jardin du Luxembourg, en rentrant des courses, je me fais la réflexion que finalement je suis devenu comme invincible ; parce que je suis mortel comme tout le monde mais que maintenant je sais que c’est vrai. C’est stupide ce rapport que j’ai avec la mort. Il y a longtemps que je le traîne. J’ai toujours eu conscience de la mort, de la disparition de l’être humain de la fin de l’homme, et pourtant j’ai toujours tenté de rester indifférent face à cette réalité, d’assumer sans complexe.

La première fois que la mort a embrassée quelqu’un dans mon entourage, j’avais 15 ans. Je me suis levé un matin de la fin mai, ma mère était en larmes dans la cuisine, elle m’annonça que notre chère voisine était morte dans la nuit. J’aimais beaucoup cette vieille femme de 76 ans, à qui je rendais visite au moins une fois par jour. Elle me donnait des conseils culinaires pour réaliser des desserts, me faisait goûter une confiture de prunes, une tarte tropézienne, des abricots du jardin ou « un petit cassis », sorte de sirop légèrement alcoolisé qu’elle réalisait avec les fruits de son jardin. Parfois, sa main fripée glissait dans la mienne une pièce de 10 francs, je la refusais énergiquement pendant dix minutes avant d’accepter en pensant aux bonbons que je pourrai m’acheter avec. Je m’assis à la table de la cuisine et prenais mon petit-déjeuner en silence, sans que mon appétit en soit affecté. Dans ma tête, je me souviens avoir fait un vide total et instantané du visage de cette vieille femme, ainsi que de sa voix, jusqu’à ce que les souvenirs que je voulais garder prennent une patine ne me permettant pas de distinguer une image particulière, mais juste des souvenirs d’instants ou de saveurs. Puis la journée s’était déroulée normalement.
Une semaine plus tard, en venant me chercher à la sortie du lycée, ma mère une fois encore en larmes, m’appris le décès de mon grand-père paternel, malade depuis de nombreuses années. Une nouvelle fois, de façon quasi instantanée mon esprit se vida de la plupart de mes souvenirs de lui et effaça son visage. Le lendemain, j’assistais aux obsèques. Tout le monde pleurait. Aux larmes des autres, je sentis sourdre en moi une colère que je ne connaissais pas, une sorte de haine des pleurs, des enterrements, m’envahit jusqu’à ce que j’en vienne à les trouver tous hypocrites ou ridicules. Pour ne pas céder à la peine générale je me concentrais sur une chanson.
L’épisode du grand-père enterré, quinze jours après, un coup de téléphone matinal nous appris la mort la veille, de ma tante, atteinte d’un cancer depuis 8 mois. Ma mère disparut deux jours pour assister à l’incinération à 250 Km ; moi je ne changeais rien à mon quotidien, si ce n’est qu’encore une fois je dû passer une journée à chanter intérieurement pour ne pas entendre les larmes des autres et ne pas me laisser submerger par la vague amère qui montait en moi.
Voilà donc pour mes premiers rapports à la mort. Dans les 4 années qui suivirent, ce fut le tour respectivement, de mon oncle, de mon grand-oncle, d’une tante, du père de ma meilleure amie, de mon grand-père maternel d’être, tour à tour, effacés de ma mémoire. Plus le temps passait, plus mon livre de souvenirs d’enfant s’emplissait de tête sans visage défini. Je voulus faire le récit de ce rapport particulier à la mort à ma mère, elle en fut horrifiée. Je la calmais donc en mentant et me jurais de ne plus aborder le sujet.

En repensant à cela je m’aperçois que mes premières connaissances sur le SIDA vinrent à peu près au même âge. Je ne parle pas des cours de biologie nous présentant le dessin abstrait d’une petite sphère bleue entourée de piques jaunes, mais de littérature. J’étais en seconde et dévorais tous les livres qui me passaient entre les mains. La librairie de la ville n’étant pas particulièrement fournie, je me contentais d’acheter tout ce qui arrivait et que je n’avais pas lu. C’est ainsi que je tombais par hasard sur un livre dont le jeune homme de la photographie de couverture provoqua en moi un émoi. Sans poser un regard de plus sur la quatrième de couverture, j’achetais l’ouvrage au titre prometteur : « A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » ; en deux jours, bouleversé, j’ingurgitais les 284 pages. Je le fis lire à deux amies qui le trouvèrent « super » sans plus de commentaires. Moi, je n’arrivais pas à en parler. Aucun mot ne sortait de ma bouche après avoir annoncé le titre. Par hasard, je le vis, quelques minutes dans une émission littéraire. Contrastant avec son physique décharné et affaibli, sa voix douce me mit mal à l’aise. Il mourut. D’autres livres vinrent remplir le vide laissé. Peu à peu, je découvris ses ouvrages précédents et me pris d’une réelle fascination pour son écriture. Ce fut là mon premier contact, bien distant, avec le SIDA.
Le second ne tarda pas et apparu sous les traits d’un beau brun au teint hâlé et de son film : Les nuits fauves. Je sortis de la salle, ému, bouleversé. J’achetais et lu dans la foulée ses trois livres jusqu’à le trouver envoûtant, écœurant, sublime. C’est dans un super marché que j’appris, par la radio, sa mort et fondis en larmes immédiatement. Ma mère ne comprit pas, moi non plus.
Troisième contact avec le SIDA, troisième choc : un film américain. Tous les spectateurs de la salle sont en larmes. Je sors révolté et hors de moi. Des amies de lycée me regardent en souriant, le visage trempé par les larmes qu’elles tentent de sécher en disant : « c’est dur et triste, moi ça me fait pleurer les belles histoires ». Je sens monter en moi une colère réprimée avec difficulté. J’ai envie de leur hurler que ce n’est pas une belle histoire, que c’est un drame, que personne ne fait rien pour que ces drames cessent ! Mais je ne dis rien et m’en vais sans avoir pu adresser une parole à personne.
Depuis, j’ai assisté aux premières émissions ayant la maladie pour sujet, entendu des milliers de fois les modes de contamination, observé : films, dessins, explications, en biologie avec une grande attention. J’ai aussi eu de longues discussions sur le sujet avec des amis.
En 1994, le SIDA apparaît vraiment proche : je couche avec un type, il me prend de force sans préservatif, disparaît. Je pense au préservatif inusité, je commence à angoisser, je prends 4 douches par jour, j’ai des crises d’angoisse la nuit, je vomis un repas sur trois quand je pense à manger. L’angoisse dure 6 mois jusqu’à ce que ma petite amie m’accompagne faire un test anonyme de dépistage au centre hospitalier. Une autre semaine d’angoisse s’en suit et puis les résultats me soulagent : je suis séronégatif. D’autres tests suivront sans jamais être accompagnés de cette angoisse première. Je ne prends quasiment plus de risques, quasiment… Nous rencontrons des séropositifs, certains deviennent des amis, les conversations sur le SIDA deviennent plus posées, mais aussi plus sensées. Je participe aux défilés du 1er décembre, découvre des films, des livres plus intéressants, moins voyeurs, moins scandaleux, moins grand public aussi.

Quinze jours après l’annonce de la présence du virus dans nos corps, je reprends mes réflexions de tous bords. J’ai également téléphoné à la gentille doctoresse qui s’occupe pour l’instant de nous, afin de connaître nos taux de T4. Pour ma part, j’en ai 600. En revanche, ma charge virale est de 1 500 000 copies, ces chiffres n’évoquent pas encore grand-chose en moi, si ce n’est que je suis loin de nécessiter un traitement. Ce qui m’apparaît alors comme une bonne nouvelle.
Pendant les jours qui suivent l’appel, je passe mes après-midi, concentré sur le jeu Tetris, non par amour de ce jeu mais pour l’attention négligeable qu’il nécessite tout en me permettant de faire le vide de ce qui m’entoure pour partir en rêve dans mes souvenirs et mes réflexions. C’est ainsi que je revisite mes amitiés passées : ceux et celles qui ont partagé des moments de ma vie, ceux qui m’ont permis de devenir qui je suis. Nos rencontres se sont espacées, ont disparu, notre amitié est parfois partie en claquement de porte ; parfois après plusieurs discussions ; parfois c’est la vie qui nous a éloignés sans qu’aucun de nous ne tente de maintenir un fil qui serait devenu de plus en plus ténu. Je n’ai aucun regret de ces amitiés, de ces gens que j’ai aimé que j’aime encore, quoi qu’il se soit passé. Je me revois à vingt ans, lors d’une grande soirée entre amis, dans la maison de P. cette petite maison de campagne, demeure de fortune, dont nous avions fait notre pied-à-terre, notre maison bleue à nous.
On est naïf à vingt ans. On s'imagine que rien ne dure mais que chaque minute est éternelle. On croque la vie, en ayant peur du lendemain. Ce qu'on ne sait pas c'est qu'on a raison d'avoir peur du lendemain. Avoir vingt ans en 1994, c'était avoir conscience que le danger était partout, aimer ce danger, jouer avec. Nous sommes de cette génération qui n'a quasiment jamais fait l'amour sans préservatif. Nous faisons partie de cette génération qui a fait un nombre de tests de dépistage du SIDA à faire blêmir nos parents.
Je me souviens lorsque ma mère est tombée sur mon rendez-vous au CHU ; elle est devenue blême, puis a trouvé le courage ou a ressenti le besoin de me demander pourquoi j'avais ce rendez-vous. Ma réponse improvisée me fait rire encore tellement elle a dû lui paraître rassurante : « J'ai décidé de ne plus mettre de préservatif avec ma copine et donc on fait un test ensemble, pour prouver à l'autre que c'est possible, tu sais c'est normal non ? » ; elle avait acquiescé soulagée d'entendre cette explication.

Pendant les deux années qui suivent ma séroconversion, je règle problème sur problème froidement, avec distance. Je reprends pieds dans une vie que je veux le plus quotidienne possible ; deviens plus silencieux avec les gens que j’aime, moins démonstratif ; entame une relation de totale confiance avec mon docteur, à qui je rends visite tous les 3 mois ; tente de régler tout avec efficacité ; fais face à la fatigue récurrente.
En 2004, j’entame un traitement qui m’expédie au pays des rêves, dans des délires tantôt sublimes, tantôt immondes, quand il ne me cause pas d’insomnies. En septembre dernier, les résultats de ma prise de sang sont dans la boîte à lettres avec cette nouvelle sans doute bonne : « Charge Virale inférieure à 50 copies », adieu les 1 500 000 copies initiales du virus. Pendant quelques jours, alors que je devrais être content, satisfait de ces résultats, je ne ressens qu’un grand vide. J’ai tout aplani pendant deux ans, j’ai fait le vide de toute situation problématique, me suis replié pour puiser en moi les ressources nécessaires pour ne pas penser à cela. Et puis me voilà tout à coup avec juste trois comprimés à prendre quotidiennement, sans trace tangible du virus en moi. J’ai l’impression d’être sorti de ma vie pendant deux ans, pour ne pas penser.

Quelques jours après, je sens revenir en moi une vieille rengaine, de petites notes de musique joyeuses qui m’accompagnent par instants, la fin de l’été me semble belle, je suis content d’avoir repris mon travail, je passe des moments agréables presque insouciant à nouveau, enfin.

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 18 septembre 2005

C'était il y a quatre ans. Elle est partie. Décrire son visage en cet instant précis est difficile, blême, grimaçant, entre colère, peur, rage, espoir, suffocation, soulagement. Ses mots sont tombés comme un couperet, une fin de non recevoir : "nous n'avons plus rien à nous dire." Juste cette petite phrase assassine, résumant tout son ressenti, ces quelques mots préparés pendant les soirées où elle restait cloîtrée dans sa chambre. La porte s'est refermée, je me suis assis sur le canapé. Le regard vide. Elle est partie sans ajouter aucune explication. Ce n'était plus la peine, plus le moment, plus possible. 

Nous avions tant discuté. Peu à peu nous n’avions plus trouvés les mots pour nous parler. Huit années passées en échanges. L’intonation de nos voix nous rassurait mutuellement dans les moments difficiles. Nos rires nous berçaient, nos débats étaient parfois les ébats de nos méninges. Mais un jour le non-dit a fait son apparition dans notre relation. C'est moi qui ai suivi le premier ce chemin. Après un voyage j'ai décidé de me séparer de ce que j'étais avant. Quand je suis revenu, elle ne m'a pas complètement reconnu. Elle n'a pas compris. Elle s'est dit qu'elle ne me connaissait pas, pas autant qu'elle l'avait toujours pensé. Elle a exprimé cette idée, mots blessants, insupportables qui ont entamé la confiance que nous avions l'un en l'autre. A partir de ce jour nous avons débuté une lente descente dont la  fin  a pris effet ce 29 septembre 2001, sur cette simple phrase : "nous n'avons plus rien à nous dire."  

C'est terrible d'entendre cette sentence. 

Ce n'est que quelques jours après que toutes les autres phrases me sont revenues : " tu verras quand nous aurons cinquante ans... ", "c'est rassurant de te savoir là..." , "nous ne pourrons jamais nous disputer...". Elle est partie comme ça. Nous n'avions pas cinquante ans, nous n'étions plus là l'un pour l'autre, mais effectivement nous ne nous étions pas disputés. Rien. Il n'y avait simplement plus rien. Une semaine après je pensais que c'était normal qu'elle avait toujours fonctionné comme cela, prendre les gens, les entraîner à sa suite, puis un jour plus rien, ne plus les voir, ne plus leur parler, espérer qu'ils vont disparaître de sa mémoire. Depuis j’ai souvent pensé à elle, à nous.  

Et puis le temps a fait son travail. J’ai repris contact un jour de janvier 2004, deux petits mots dans un SMS. Depuis nous avons renoué des relations ténues, de temps à autres nous nous appelons pour prendre des nouvelles l’un de l’autre, nous parlons comme si nous nous étions quittés la veille. Nous avons parlé de cette rupture brutale. Les sentiments sont toujours là, intacts, mais nous avons su mettre nuancer notre affect. Dans nos discussion d’étudiants, combien de fois avions nous abordé un sujet de discussion sur lequel nous philosophions pendant des heures, comme on peut le faire à vingt ans et que nous chérissions :" Où commence l'amour, où s'arrête l'amitié ?" Nous avions des tas d'idées, un grand nombre de suppositions. Huit ans plus tard nous avions trouvé une réponse, il n'y en pas c'est la même chose, la même souffrance, le même sentiment de liberté, de perte, d'expulsion d'un poids devenu trop lourd quand ça s'arrête. Mais le lien est toujours là, indéfectible. Même si nos relations ne sont plus aussi fusionnelles et régulières qu’elles ont pu l’être quand nous avions vingt ans, nous savons qu’il y a quelque part quelqu’un qui fait partie de nous. Plus qu'une personne à qui penser, un réconfort ou une fraternité réinventée c’est peut-être ça l’amitié : une part de notre histoire...

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 25 septembre 2005

Souvent à l’occasion de leur grand ménage de printemps, telles des hirondelles préparant un nid pour leur future progéniture, les gens en profitent pour refaire quelques aménagements dans leur intérieur. En ce qui me concerne j’ai tenté il y a quelques temps de redisgner ma tanière sans succès et en étais arrivé à la conclusion que trop de meubles dans si peu d’espace ne me permettait plus de jouer les victimes de ELLE déco et que chaque meuble avait trouvé dans mes 20m² une place, à mon grand désespoir, immuable. Ma belle saison n’étant pas le printemps, mais l’automne, hier soir c’était grand ménage et je tentai une nouvelle fois de moduler mon espace vital, chose au combien difficile vu la superficie des appartements parisiens. Après 2 heures de dur labeur à remuer les meubles et à faire tourner les tables sans l’aide d’aucun esprit, je me retrouvais assis en tailleur au milieu d’une grande pagaille, dans le dernier m² encore vide, complètement désespéré par un nouvel échec. Le constat était difficile à admettre, mais je devais me faire une raison, j’avais trop de meubles pour un si petit espace. Je me fis la réflexion que finalement nous n’étions pas si éloignés des autres êtres vivants que nous le pensions. Les oiseaux préparent un nid et recommencent à chaque printemps et les mammifères se préparent une nouvelle tanière pour leur hibernation annuelle. Je tiendrais donc plus de l’ours que du moineau. Notre lieu de vie est pourtant essentiel à notre bien être, même si nous y passons peu de temps. Je me souvins il y a quelques années, alors que j'étais en quête d'un appartement, avoir passé mon après-midi dans le métro pour avoir chaud et m’être fait la réflexion qu’avoir un habitat aussi petit soit-il était une nécessité ! Bien sûr des années en tant qu’employé d’un magasin de décoration ont sans nul doute altéré mon objectivité quand à l’espace vital dont l’être humain a besoin, pourtant cet après-midi là j’aurai donné cher pour trouver ne serait-ce qu’une chambre de bonne ! Sommes nous à ce point dépendant de notre lieu de vie ou est-ce moi qui suis obnubilé par les magazines de décoration ? Je ne peux m’empêcher lorsque je croise un sans abris de repenser à cet après midi de janvier. En même temps lorsque je regarde dans mon entourage je constate que tout le monde n’est pas aussi exigeant pour son logis. Mon frère par exemple ne se sert de son appartement que comme chambre d’hôtel et n’hésite pas tous les ans à partir six mois durant sous une tente au pôle sud à défaut d’igloo. Comme un ours polaire il n’a besoin que de grands espaces et ne se supporte pas enfermé, pour ma part j’aime accumuler de petits objets pour me composer un nid douillet. Perdu dans mes réflexions, je me résignais à tout remettre dans la même position, quand mon chat intervint dans le grand chambardement, en refusant de bouger du canapé-lit ! J’en déduisis que j’avais peut-être flairé une piste. Je me remis donc à la tâche en sifflant tel un pinson et une heure plus tard tous les meubles avaient trouvé une nouvelle place ! Afin de marquer sa joie le félin daigna enfin se lever pour courir à travers tout l’appartement, je restais dubitatif face à tant d’effusion de sa part. Etait-ce la manifestation d’un énervement dû à un changement de ses habitudes où est-ce que le nouvel aménagement lui convenait ? Après 1/2heure de jeu il revint se coucher exténué et ronronnant. Nous nous sommes endormis l’un contre l’autre satisfaits pas notre nouvelle antre et ayant marqué une nouvelle fois notre territoire.

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 26 septembre 2005

Depuis plusieurs années déjà, j’ai dans le pot à crayon de mon bureau une photographie d’identité de mon père datant de 1963. Je ne sais pas pourquoi j’aime cette vieille photographie  jaunie, un peu fissurée, aux bords racornis. Je n’ai pas à proprement parlé de relations intimes avec mon paternel, c’est lui, c’est moi et c’est déjà beaucoup. Enfant, j’ai même pensé le vouvoyer ce qui lui aurait semblé inapproprié. Pourtant ce vouvoiement aurait marqué la distance qui a toujours était celle de nos relations. Il aurait également marqué le respect que j’ai toujours eu pour lui, pour ses silences et son éloignement. Aussi loin que ma mémoire me permette de remonter, je ne trouve entre nous aucune conversation sortant des échanges quotidiens sur la météo, et les politesses d’usage. Ce vouvoiement m’aurait aussi permis de marquer le recul pris face aux convictions de camaraderie qui ont toujours été les siennes. Aujourd’hui quand je regarde cette photographie elle me rappelle l’album familial, aux pages de carton noir, à l’épaisse couverture de cuir rouge travaillé d’arabesques, rapporté d’Oran par mon père. Un après-midi d’été, je devais avoir 8 ou 9 ans, assis à la grande table de la salle à manger je regardais des photos de mes parents plus jeunes. Ma mère commentait avec un plaisir évident ces vestiges d’un temps révolu.  Les premières pages montraient le service militaire de mon père en Algérie. A la maison nous disions le service militaire, en parlant de l’exercice de mon père en tant que soldat. Pourtant, comme nombre de jeunes hommes de sa génération, mon père n’a pas fait de service militaire, il a fait la guerre, celle qu’on nomme depuis peu la Guerre d’Algérie. Mais à l’époque où nous regardions ces photographies, on ne parlait pas de cette période, ni dans les cours d’histoire, ni dans ma famille. En tournant une page, une photographie tomba sur le sol. Je me baissais pour la ramasser et la reposais sur la table. Elle représentait 6 enfants, il s’agissait de mon père et de ses frères. Je commençais à essayer de reconnaître dans les traits lisses des enfants photographiés, les visages de mes oncles. L’aîné avait à peine 16 ans, mais déjà les traits secs et le corps mince, qu’on lui connaissait encore. Ensuite venait l’instituteur, oncle fantastique qui avait le mérite de venir chez nous deux fois l’an, toujours dans une grande voiture, dont le coffre tout aussi grand regorgeait de livres qui nous étaient destinés. A ses côtés le suivant le sourire certain fixait l’objectif, comme il le ferait quelques années plus tard sur ses affiches électorales. Respectant l’ordre que je connaissais bien venait à sa suite mon père et le dernier. Pourtant voilà qu’il y avait un garçon de plus. Ma mère m’appris qu’il y avait un autre frère décédé à 20 ans, celui qui se trouvait juste avant mon père. Je regardais à nouveau la photographie, intrigué par ce jeune garçon, plus carré, moins chétif, presque blond, les cheveux lisses contrairement aux autres frisés et bruns. Ma mère me dit à voix basse, qu’il était décédé avant qu’elle ne rencontre notre père, la seule fois où il lui en avait parlé, c’était quelques temps avant leur mariage. Il l’avait emmené au bord d’une rivière, lui avait montré un renfoncement près de l’eau et lui avait raconté que son frère, d’un an son aîné avait été retrouvé mort quelques années auparavant à cet emplacement. C’est mon père qui l’avait trouvé là. Pendant plusieurs mois il s’était rendu à la police pour savoir comment l’accident était arrivé, puis lassé d’attendre des réponses qui ne venaient jamais il avait abandonné. Depuis ce jour il n’avait jamais plus abordé le sujet. Sidérés par cette révélation nous n’avons rien trouvé à ajouter. Nous reprîmes les photographies. La suivante était celle qui trône aujourd’hui sur mon bureau. J’y vois encore le grand regard triste de mon père. Et au moment où j’écris ces quelques lignes je pense à une photographie de moi prise il y a deux ans. Ce regard est le même. Sommes-nous porteurs des marques que la vie a pu infliger à nos parents ? Sommes-nous, bien malgré nous, les passeurs d’une histoire antérieure à notre propre existence ? Cette photographie de mon père que j’ai volé dans l’album de famille n’est-elle là que pour me rappeler que je suis issu d’un homme dont les silences et le regard triste m’envahissent parfois ?

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 17 octobre 2005

Samedi soir, avant de me coucher, je contemplais le miroir acheté le week-end précédent dans une brocante. Depuis qu’il est là je ne l’ai pas vraiment regardé, je l’ai posé là, sur le meuble rouge ; c’est tout. Soudain, j’aperçois une silhouette et il me faut quelques secondes avant de comprendre que c’est mon torse nu que je viens de surprendre. J’ai perdu l’habitude de me voir. Je me regarde tous les matins dans le miroir de la salle de bain, mais je ne me vois pas.

 Je regarde ma cicatrice, il y a longtemps que je ne l’avais pas vue. J’observe attentivement son rond presque parfait, le bombé de l’œdème qui ne disparaît pas. C’est étrange que le renflement de ma cicatrice prenne plus de place que n’en occupait le sarcome. Immédiatement, je cherche une photographie de moi torse nu avant l’opération. On y distingue une petite tâche rouge, mauve légèrement saillante. Sa présence est presque imperceptible pour qui ne le sait pas. Je songe que quelques années auparavant, était apparue au même endroit une tâche brune en forme de cœur. Je disais souvent à ceux qui la voyaient : « j’ai un cœur à gauche et un à droite ».

 

  Aujourd’hui je n’ai plus de cœur à droite, plus de tuméfaction violacée non plus ; juste le dessin, un peu grossier, laissé par le scalpel du chirurgien, peut-être moins beau finalement. Je cherche également sur le net ce qui se dit de la tumeur qu’on m’a enlevée ; j’ai tout à coup ce besoin d’en relire une définition : « Prolifération très active donnant naissance à des tissus peu développés (comparables à ceux de l’embryon : tissus embryonnaires) ». Cette définition réveille en moi le souvenir d’un passage de Mes parents d’Hervé Guibert que j’avais oublié : « Arrive le moment où l’on pense au cancer, à sa possibilité, à sa nécessité. Le cancer en soi est d’abord comme un enfant. »

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 2 novembre 2005

Vendredi soir en prenant le bus avec Miss Ropemaker notre conversation s’étend sur le fil à linge de nos lessives respectives, lorsque je lui explique que j’aime faire sécher mes habits dans un séchoir électrique pour les rendre souples. De retour chez moi, ma lessive accomplie, le séchage des draps opéré, je refais mon lit avec mes draps d’hiver, ceux tout doux.

Longtemps j’ai cru que mon enfance avait été blanche et lisse comme ces draps anciens dans lesquels ma grand-mère nous bordait quand nous étions enfants. Aujourd’hui, je revois ces draps avec une certitude, c’est que s’ils étaient bien blancs, ils n’étaient pas vraiment lisses, leur rugosité, leur sécheresse, grattait la peau, j’aimais m’y coucher, m’y envelopper, mais cela c’est l’image que j’en ai aujourd’hui, je crois que si je fais un effort de mémoire, cette sensation ne m’était pas si agréable. Je crois que leur toucher rugueux, leur dureté, leur poids aussi, ne faisait que m’incommoder et parfois me donnait l’impression d’être empaqueté dans du papier kraft. Ca n’est que bien des années après que j’ai dû les aimer, quand ils m’ont ramené à ce souvenir de l’enfance protégée.

 Aujourd’hui, je le sens, cette sensation des draps anciens sur ma peau me ramène à une autre réalité, celle de ne pas savoir, de ne pas comprendre pourquoi on préférait à cette époque que je dorme dans ces draps là alors que ma mère essayait de nous endormir dans des draps doux et moelleux. Qu’essayait-elle de nous cacher, ma mère, en nous faisant dormir dans ces draps là ? Pensait-elle que notre sommeil méritait une douceur particulière ? Pensait-elle nous protéger de l’âpreté du monde en nous plongeant dans des draps où nos rêves n’auraient dû être que doux ? 

 

 

 

 

 

 

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 16 novembre 2005

Depuis 3 jours je lance des Wingardium Leviosa, des Carpe retractum, des Aqua Eructo, des Herbivicus et des Accio. Après avoir été complètement accroc des livres, me voilà en plein dans le jeu vidéo Harry Potter. Malgré mon parcours, je ne suis pas très porté sur les jeux vidéo. Et pourtant se prendre pour le petit teigneux à la cicatrice me rend dingue ! Est-ce le fait de plonger une nouvelle fois dans un monde complètement imaginaire et farfelu ? Le fait est que je suis ensorcelé. Depuis quelques temps déjà je me plonge régulièrement dans des livres pour enfants, les derniers étant Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire… Suis-je en train de retomber en enfance ? Ou plus simplement ces mondes là sont-ils plus abordables ? En tous cas il est certain que ces deux séries ont modifié la vision que je pouvais avoir de l’imaginaire enfantin. 

 Il faut dire que dans mon enfance c’était plutôt Le Club des Cinq jusqu’à 8 ans, que j’ai enchaîné tout de suite après sur les Rouletabille, les Agatha Christie, et autre Arsène Lupin jusqu’à mes 12 ans et l’année d’après sur  la trilogie Les Chemins de la liberté de Sartre. Forcément j’ai dû griller quelques étapes dans mon parcours littéraire. Je ne suis pas certain que lire L’Âge de Raison à 13 ans soit forcément l’âge auquel on perçoit le mieux toute la complexité du maître de l’existentialisme… A part faire de moi un névrosé dès l’âge de 14 ans ne lisant plus que du Duras puis du Guibert à 15 ans. 

Toujours est-il que mon imaginaire d’enfant, puis d’adolescent a vite été envahi par des auteurs que l’on découvre habituellement un peu plus tardivement et qu’il en est ressorti un goût prononcé pour la dépression, la passion et la déraison. Quoi de plus normal dans ce cas qu’à presque 30 ans je retourne aux sources avec ces livres riches en réflexions politiques, sociologiques et littéraires qui appellent chez leur lecteur une connaissance inconsciente du monde qui les entoure ?

A la Faculté j’avais été abasourdi en découvrant dans la psychanalyse des contes de fées que lorsque La Belle au Bois Dormant se pique c’est qu’elle a ses premières règles et aujourd’hui, je tends vers ces univers longtemps méconnu de mon esprit torturé. M’enfin de là à jouer de la baguette me direz-vous il est des limites… A moins que la baguette des sorciers où les mésaventures d’orphelins ne trouvent en moi un écho qu’elles n’auraient probablement pas trouvé à l’âge ingrat. En tous cas, j’aime bien l’idée de pouvoir me défaire d’un coup de baguette magique des monstres qui m’entourent et attends avec impatience la livraison de l’Autobiographie de Lemony Snicket afin de savoir quelle confrérie se cache derrière le sigle VDC !

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Dimanche 27 novembre 2005

Vendredi dernier alors que je passais une excellente mauvaise journée de travail, courant de droite et de gauche afin de résoudre un problème insoluble et dont tout le monde semblait se moquer éperdument,  au bord de la crise de nerfs et au comble du désespoir je suis allé voir Miss Ropemaker pour lui dire «  Mais pourquoi tout le monde s’en fout ? » et à ma grande surprise telle la pythie, elle a eu la phrase la plus sensée qu’il m’ait été donné d’entendre depuis bien longtemps : «  Pose toi la question inverse ! Pourquoi est-ce que toi ça t’atteint tant ? » Il me faut remercier platement la grande prêtresse de cette question sibylline qui m’a probablement évité des heures de psy à me poser l’éternelle question : « mais pourquoi tout le monde s’en fout ? ». Miss Ropemaker est la voix de la sagesse !

Je sais bien pourquoi ce problème résolu à 18H m’a finalement gâché ma journée… simplement parce que je ne voulais pas me poser d’autre question, parce que je ne voulais pas regarder tous les autres problèmes insolubles qui se posent à moi depuis longtemps, parce que j’évite tout, tout le temps pour n’être qu’une vache au milieu d’un près en train de regarder les trains passer.  J’ai été, quelques temps, absent. Je me suis replié encore une fois sur moi. Je me suis enfermé maintes fois dans un silence de plomb plutôt que de dire haut et fort ce que ma raison me disait de taire. Je n’ai eu que des phrases posées, calmes, froides et tranchantes, mais il est une réalité toute autre : c’est ce bouillonnement intérieur qui sourd en moi depuis trop longtemps. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. Je sais qu’il me sera bien difficile d’avouer en face qu’une vache au milieu d’un champ qui regarde passer les trains est en fait en lente digestion du vert pâturage qu’elle a brouté et ne laisse que quelques pets de méthane sortir d’elle-même tout juste bon à polluer un peu plus l’atmosphère.

 

 

 

Samedi fort de cette vérité prise en pleine poire, j’ai fait ce que je fais toujours quand l’hiver s’annonce rigoureux, pour compenser un manque, pour me tenir chaud, pour surtout ne pas me pendre avec une corde ou quand j’ai besoin de me digérer une vérité prise en pleine face : je suis allé m’acheter une Xème écharpe. Si vous me connaissez un peu, vous savez l’importance d’un tel acte pour moi, si vous ne me connaissez pas, sachez juste que l’écharpe est ma madeleine de Proust, mon doudou de gosse, ma façon à moi d’admettre que je ne vais pas bien, le seul remède que j’ai trouvé à bien des mots, le seul palliatif que j’ai trouvé pour exprimer bien des maux qui ne viennent pas.

Par Néo
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Publicité

Tout à l'égo

Wonderfull...

 

LIVRES DE CHEVET :

Douleur Exquise ; Sophie Calle, Actes Sud 2003

Génération X ; Douglas Coupland ; Editions Robert Laffont, 1993

 

 

 

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus