« Pense à faire faire ton passeport, ta carte d’identité n’est plus valide »
« Je n’aime pas les journées de novembre au mois d’Août »
« C’est désespérant ce beau temps »
« Je n’aime pas mes collègues et ils me le rendent bien »
« Si l’ampoule est trop grosse ton abat-jour va prendre feu »
« J’aime pas l’été, il fait trop chaud »
« Je préfère le coca light, le coca normal c’est trop sucré »
« Faut que j’achète des lames de rasoir… et si je me laissais pousser la barbe ? »
« Pense à éteindre la lumière, les centrales électriques font suffisamment de mal à la planète »
« Si le téléphone sonne je ne suis pas là »
« Tu ne diras pas de mal de tes voisins »
« C’est marrant ces nuages dans le ciel »
« Tu fais quoi pour Noël ? »
« Ça casse pas quatre pattes à un canard ce truc »
« C’est quoi le titre de cette chanson que je chantais tout le temps ? »
« Tu es tout blanc…. Tu n’es pas parti en vacances ? »
Vendredi 2 septembre 2005
Grâce à la petite pilule du bonheur, ou à cause d’elle, me voilà complètement féru d’un jeu de logique : le Sudoku ! Depuis deux jours que j’ai découvert ce passe-temps vespéral, je n’ai de cesse de remplir mes grilles, compter, calculer. Cette nouvelle addiction me propulse les neurones au septième ciel et me rappelle que malgré un parcours littéraire, j’ai fait un baccalauréat scientifique et ai participé durant mes années de collégiens aux concours régionaux de mathématiques obtenant même une 3ème place grâce à un problème de chèvre attachée à un pilier. Pourtant je n’aimais pas la géométrie et n’ai jamais pu assimiler que l’algèbre troque des x, des y et des z contre des chiffres, je dois mon salut aux probabilités. Ce qui m’amène à penser que l’esprit humain a parfois un sens de la dialectique qui m’échappe. Avec le temps j’ai fini par me dire que la logique n’était pas tout à fait le propre de l’être humain. Par exemple : j’ai usé les bancs des écoles, collèges, lycées et universités 25 années durant et pourtant : je demeure hermétique à l’économie ; la physique quantique est pour moi un mystère insondable ; je n’ai pas trouvé les arcanes de la création de l’univers et ne conçois pas comment le hasard peut interférer dans les choix d’un homme. Comment se fait-il qu’avec une éducation dite « supérieure » je ne sois pas à même d’appréhender le fonctionnement complet de la psychologie humaine ? Vous me direz que je devrais peut-être reprendre des études de psychologie… oui mais une vie ne suffirait sans doute pas à résoudre toutes ces énigmes. Je constate que mon cerveau est encombré d’enseignements qui s’ils ne sont pas inutiles semblent superflus à mon bien être et à ma vie actuelle et qu’il y a dans toutes ces façons de penser, raisonner, cogiter, examiner une intarissable source à mes névroses actuelles. Et alors me direz-vous ? En arrive-t-on à la conclusion : « heureux les simples d’esprits » ? Ne serais-je pas un peu moins tourmenté si j’avais mis un terme à mes études plus tôt, pour un apprentissage manuel ? Ne serais-je pas un peu plus satisfait si je me posais moins de questions ou des questions moins alambiquées ? Et bien je crois pouvoir répondre à cette dernière interrogation de façon infirmative ! En effet, le plaisir que je retire à utiliser le terme incipit plutôt qu’introduction, la jouissance que me procure la résolution d’une grille de Sudoku en moins de 15 minutes, me permettent d’accéder à une certaine félicité. N’en déplaise aux adversaires de l’éducation nationale et aux amoureux du langage SMS, je fais fi de leurs vitupérations ! Sans vouloir faire l’apologie du système éducatif français, force est de reconnaître que les préceptes qu’il dispense, s’ils ne sont pas d’une utilité purement pratique m’ont permis d’acquérir une satisfaction salutaire : celle d’un cerveau en fonctionnement ! Quel truisme me direz-vous ! Peut-être, mais avant de réformer l’enseignement, les ministères compétents feraient bien d’aller faire un tour sur les forums de discussion de la toile et se dire que s’ils ne veulent pas faire des nouvelles générations un peuple oisif et sans vocabulaire, il faudrait sans doute répondre à leurs doléances en faisant leur mea culpa. Les dysfonctionnements de la société se résoudront-ils en retranchant des savoirs ? Notre système éducatif, s’il n’est pas parfait a au moins l’avantage de transformer en érudit et non en consommateurs de rollmops ! Avant de passer pour un réactionnaire et subir la diatribe de commentaires virulents j’ajouterai que je ne suis pas contre une évolution de l’éducation française, mais je ne comprends pas que l’on puisse incendier un collège. J’ajouterai qu’avant de s’attaquer à une révision du système pédagogique, ou faire entrer la police dans l’enceinte du savoir, il faudrait peut-être assurer entre autre une vigilance plus grande des contenus affligeants de la télévision. Il y a pléthore de réformes à produire dans notre société et avant de vouloir faire la leçon au système éducatif, peut-être faudrait-il éduquer autre chose que des consommateurs. Il me semble qu’éduquer c’est ouvrir l’esprit, donner l’envie d’apprendre et offrir un accès à tous les savoirs aussi obscurs soient-ils.
Je sais bien que mettre deux chansons qui ne sont pas de moi est un peu facile comme publication et bien tant pis une fois n’est pas coutume, je cède à la facilité voici deux chansons de Biolay qui ne me quittent pas en ce moment :
« Lentement mais sûrement «La vanité, ce n'est qu'un mot
On décline outrageusement Mais c'est le pire de tes défauts
"Forcément, oui forcément" Le seul que je ne supporte pas
On prend son temps Le seul qui m'éloigne de toi
On pense au temps d'avant Celui qui me fait dire tout bas
Sous le feu du firmament Quelques fois
Qui nous marque au fer blanc A mi voix
On joue la comédie La vanité est un péché
"Hors la vie, on marche sous la pluie" Je voudrais tellement t'empêcher
On joue la comédie De tout gâcher, de gâcher ça
"Hors la vie, on sonde l'infini" De tout briser d'un geste las
De remiser au débarras
Lentement mais sûrement L'amour fou
On approche du néant Qui rend fou
"Forcément, oui forcément" Reines et rois
On est à cran
A court de carburant La vanité est une offense
On est comme ces pauvres gens A l'âme perdue
Pas plus forts et pas plus grands De l'enfance
A mon intelligence ou pas
On joue la comédie Peu m'importe le résultat
"Hors la vie, on marche sous la pluie" Il n'est pas
On joue la comédie Digne de toi
"Hors la vie, on sonde l'infini" »
La vanité vue sous cet angle
Hors La vie – Benjamin Biolay N'est pas la main qui nous étrangle
Juste le soleil qui tournoie
Lorsqu'on voudrait qu'il reste droit
Mais à la longue on s'aperçoit
Qu'elle fissure
Le futur
Délicat »
La Vanité – Benjamin Biolay
Dimanche 11 septembre 2005
« Il pleut !»
« L’autre soir j’étais allongé, mon chat reposait sur moi de tout son long, il me regardait comme aucun homme ne me regardera jamais ! »
« Qu’est-ce qu’il fait beau ! »
« Mais elle est où cette rue que je cherche tout le temps ? »
« Depuis que j’ai repris le travail je me sens mieux, je suis un vrai tyran »
« Faut que j’aille à Monoprix, j’ai plus de Yaourts »
« J’aime bien cette librairie mais ils n’ont aucun des livres que je cherche »
« Y’a toujours trop de monde au forum des halles le samedi après midi »
« Moi aussi j’ai écris un mail à Barbie, j’ai adoré sa réponse »
« C’est mon téléphone qui vibre tout le temps ? Ah ben oui ! »
« Ce que je préfère dans le quartier du Marais, c’est le village Saint Paul »
« Le caissier de la Fnac est un rebelle, il lisait Je suis un Rebelle »
« J’ai dîné avec mon frère, j’ai cru qu’il allait encore m’emmener dans un resto où il n’y a que de la viande, heureusement, j’ai pris de pâtes »
« J’adore la déco de ce magasin de meuble, c’est froid et impersonnel »
« J’aime bien le tofu aux herbes de Monoprix, il reste entier même si tu le coupes en petits cubes »
Ca y est ma belle saison est là, il recommence à faire frais, lorsque je sors du métro en rentrant du travail il fait nuit. Fini les tongs & les bermudas de ceux qui exhibent leurs mollets gonflés aux hormones et leur pieds pas entretenus, terminé les mélanomes sur pattes ! Enfin, je ne vais plus être le seul à porter des T-shirt à manches longues et des jeans, le retour des pull-overs est annoncé. Tous mes collègues vont sombrer dans leur dépression saisonnière et moi je vais enfin pouvoir afficher un sourire satisfait du matin au soir ! Je vais enfin pouvoir dormir la fenêtre fermée ce qui m’évitera d’entendre les voisins qui ont emménagé cet été s’engueuler jusqu’au milieu de la nuit ! J’ai tout à coup envie de prendre plus tard le matin, juste pour rester un peu plus longtemps au chaud sous ma couette et finir le soir après tout le monde. Le métro ne va plus être un sauna, je ne vais plus regarder chaque station passer en me demandant si je m’échappe à la prochaine station m’éponger le front, la douce chaleur souterraine va me faire oublier que je dois descendre, assis dans mon coin avec un bon bouquin comme dans le confort d’un fauteuil dans lequel on oubli le temps qui passe. Mon chat ne va plus déserter le lit, la nuit, pour aller se vautrer de tout son long contre la paroi de la douche en espérant y trouver un peu de fraîcheur, il va revenir se coller à moi. Après demain le plus efficace des anti-dépresseurs, l’Automne, est de retour ! A moi soirées intimistes à la lueur des lampes, bougies parfumées qui m’emmènent en voyage, boissons chaudes et plaids douillets ! Seules ombres au tableau : je vais à nouveau avoir envie d’acheter des écharpes alors que j’avais juré que j’arrêtais les achats compulsifs et puis une pensée pour My Cop’s qui va à nouveau devoir attendre 6 mois le retour de son printemps adoré ! Courage My Cop’s je viens de subir ma dépression saisonnière, je te comprends ce n’est pas drôle, mais cette année Claudie Pierlot fait de beaux cols roulés et ses nouveaux bérets sont splendides alors ça devrait mieux se passer !
Mercredi 21 septembre 2005
« -Faut toujours se poser des questions !
-Tu crois ? »
« -Ma pizza au fromage était pas terrible
-c’est parce qu’il n’y a pas de saumon »
« -T’as pas 20 centimes ?
- non, je n’ai qu’un Euros »
« -A Monoprix, je passe toujours à la même caisse !
-C’est pour la caissière ?
-Non c’est parce qu’elle est plus rapide »
«- Pourquoi tu passes pas par la porte de derrière ce matin ?
-Parce que j’y passe le soir»
«- T’as pas le journal ?
-Non. Pourquoi tu ne le regardes pas sur le net ?
-Parce que je n’ai pas de messagerie aujourd’hui »
« -Tu me payes un café ?
- Non, j’ai plus de clopes. »
J’en étais aujourd’hui à me poser cette question en consultant les statistiques de ce blog pour le mois qui vient de s’écouler. Mais tout de même je me demande si l’outil de statistiques est vraiment fiable ….. Je m’attendais à une trentaine de visiteurs mensuels… les bons mois…. mais pas à 497 visiteurs uniques. Dans tous les cas, je suis flatté et je me plis à la coutume qui consiste à remercier tous ceux qui ont eu le courage et la patience de lire mes élucubrations de septembre, même si l’outil de statistiques déconne et qu’en fait vous n’êtes que 3 ça me fait tout de même plaisir !
Sommes-nous de simples produits de consommation d’une société devenue excessive ? Amis, meubles, amants, fringues, familles, connaissances, boulots, animaux, qu’est-ce qui différencie une valeur sûre d’un effet de mode, d’un engouement passager ? En quoi mon pull-over marin Saint James est-il plus « sûr » que le pull mélange soie et cachemire vieux rose de la nouvelle pub Celio ? Je repense à mon frère aîné et à ceux qui furent ses meilleurs amis une année durant et qui inlassablement envahissait notre maison les vendredi et samedi soirs et qui du jour au lendemain ont disparu de son cercle d’amis, j’aurai pourtant juré lors de leur interminables soirées qu’ils étaient les valeurs sûres de mon frère…
Si nous sommes des consommables y a t il des faux ? Faux amis ? Faux semblants ? Usages de faux ? Comment savoir ce qui va durer le plus et qui tel ce vieux Jean’S troué, déchiré, fripé ne passera pas aux oubliettes ? J’étais persuadé il y a quelques années que ma table de cuisine bistrot et les chaises Louis XVI étaient des valeurs sûres, elles ont participé à mon univers plus longtemps que les étoiles filantes : ma première table en formicas inusable, mes poufs Pier Import intemporels extirpés à des petits enfants payés 1 centime de l’heure, pourtant formicas et poufs ont un jour été remisés abandonnés. En est-il de même des gens qui nous accompagnent ? Une valeur « sûre » est-ce tout au plus l’objet d’une affection particulière, d’attentions, des repères qui nous accompagnent et nous permettent d’avancer… Nous aimerions pouvoir conserver les valeurs « sûres », les entasser dans une malle pour les ressortir quand leur tour sera revenu … Tout semble se passer comme si nous n’étions que d’infatigables chineurs perdus dans un vaste marché aux puces. Sommes-nous de vastes compilateurs ?
On a tendance une fois passé Le Cap à oublier que la Terre est ronde et qu’on peut y revenir à tout moment ! Gare à ceux qui n’ont pas pensé à cartographier les lieux ! C’est un point dangereux pour les bateaux puisqu’il est au croisement des courants venus de l’Océan Atlantique et de l’Océan Indien. Alors Corto, toujours un peu plus loin ? Tu ne connais donc pas la balade au bout du monde ?
Ayant décidé il y a quelques temps de ne plus lire les quotidiens, mais ayant toujours besoin d’alimenter mon esprit critique envers le monde qui m’entoure, je me plonge depuis dans les dépêches des agences de presse. Ce soir, deux d'entre elles me donnent matière à réflexion. La première est une dépêche sur la fragilité des mémoires défaillantes et ses conséquences sur la vision d’extraterrestres. Dans la dépêche le professeur Chris French déclare : "Les êtres humains ont des vies fantasmées bien remplies, à tel point qu'ils mélangent souvent le fruit de leur imagination à leur quotidien". Si les délires de mes contemporains, la matérialisation de leur peur de l’inconnu sous forme extra-terrestre et leur questionnement sur l’unicité de l’être humain dans l’univers me laissent un sourire aux lèvres, je suis bien forcé de reconnaître que la petite phrase perdue, me laisse songeur.
Certes j’ai, comme tout un chacun, déjà regardé la voie lactée en m’interrogeant sur notre provenance. J'ai déjà interrogé les cartes à la recherches de réponses aux questions métaphysiques les plus farfelues, déjà espéré croiser un petit gris qui ne soit pas un escargot, déjà pensé que les fantômes avaient de la chance de pouvoir traverser les murs. Mais cette idée de vie fantasmée est ce qui m’interpelle le plus depuis que l’éfavirenz a fait son apparition dans ma vie. La richesse des délires procurés par mon compagnon nocturne sous forme de comprimé pelliculé est telle que je me disloque régulièrement en molécules pour devenir une partie du grand tout que constitue l’univers ; je suis capable de modifier les numéros gagnants du loto, mais continue d'y perdre. Je parviens à imaginer que mon corps est aussi sécable et effervescent qu’une aspirine dans un verre d’eau. Je me promène à DisneyLand en parlant à une petite blonde et un type en collant vert. Je vois parfois des animaux étranges traverser la pièce. Il m’arrive même le matin de ne plus trop savoir ce qui est un délire de la réalité. Généralement après une tasse de café la réalité me revient vite dans la gueule. Et si j’ai parfois l’impression d’avoir traversé une faille spatio-temporelle et le continent pour me retrouver en Inde ou en Chine, en prenant le bus 65 ; si lorsque je quitte mon travail je tombe nez à nez avec les caricatures en plastique des peoples de la chaîne cryptée ; si lorsque pendant ma pause déjeuner je passe à côté d’un hangar d’où sortent trois caniches, l’un rose, l’autre bleu, le troisième vert, ce ne sont pas les effets de délires médicamenteux, mais bien la réalité.
Je voudrais donc bien convier ce professeur à venir partager quelques instants de mes journées pour qu’il s’aperçoive que l’imagination et les fantasmes ne sont rien en comparaison de ma réalité. Pour un peu je l’emmènerai bien faire une promenade avec moi un dimanche. Nous attendrions le métro en compagnie des cafards qui ont investis les bancs de la station, nous monterions dans la rame et verrions un homme faire tomber de la jambe droite de son pantalon un mulot ; je l’entraînerais avec moi vers le VIIIe arrondissement où, nous promenant dans les rues nous tomberions en face d’une cathédrale à bulbes, puis d’une pagode, avant de traverser un jardin en découvrant ça et là une pyramide ou un temple grec. Puis je l’emmènerai faire un tour dans le XIXe pour qu’il découvre au sommet des arbres une sphère brillante, avant d’entrer dans un sous-marin. Enfin, et seulement à ce moment nous rentrerions et je partagerai avec lui mon comprimé hallucinatoire. Alors il comprendrait peut-être qu’avant d’avoir des vies fantasmées bien remplies, les êtres humains ont surtout remplis leur vie de délires bien réels.
Ce qui m’amène à la dépêche suivante au sujet d’un jeu vidéo sur Le Cri de Munch. Finalement je me sens parfois comme cet être hurlant dans les vibrations d’une vie hallucinatoire et terrorisante.