Wonderfull Life - Saison 3

Jeudi 15 décembre 2005

Jeudi 1er Décembre 2005, allongé sur le bitume quelque part sur les grands boulevards, je contemple le ciel noir dans lequel passent des pigeons et des mouettes. Je n’ai pas froid. La sirène ne cesse de retentir. Autour de moi, les autres sont silencieux. Eux aussi regardent ce ciel noir. Quand nous allons nous relever dans quelques minutes, le vent va nous saisir, nous serons glacés jusqu’aux os, mais pour le moment la chaleur du macadam nous fait oublier le froid de cette soirée.

Jeudi 1er Décembre 2005, une jeune fille marche entre nous. Elle crie : « Dying ! Allongez-vous ! Dying ! Vous représentez les morts du Sida ». Sa voix me parvient atténuée, sans doute à cause de mon écharpe que j’ai remontée sous ma tête et sur mes oreilles. Je croise les bras sur mon torse.

Jeudi 1er Décembre 2005, la sirène s’est arrêtée ; ne demeure que le silence. Un autre pigeon passe dans mon champ de vision. On ne voit jamais le ciel de Paris depuis l’asphalte hors mis à ce moment de l’année.

Jeudi 1er Décembre 2005, comme chaque année, je repose sur le sol d’une rue parisienne, je symbolise mon futur. Certains trouveront cette action morbide, pathétique, austère ; quelques-uns inutile et vaine ; d’autres agressive, provocante et violente ; d’autres encore n’y prêteront même pas attention. La première fois que je me suis mêlé à cette manifestation, je m’étais senti un peu ridicule allongé sur le pavé parisien ; cette année pour la première fois je m’y sens bien. Je contemple le ciel noir, je n’entends plus rien. 

Jeudi 1er Décembre 2005, dans 15 jours j’aurai 30 ans. 

Jeudi 1er Décembre 2005, ma Guerre n’est pas finie.

Jeudi 1er Décembre 2005, je suis encore en vie. 

 

Par Néo
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Lundi 26 décembre 2005

« - T’as pas maigri ?

   - Non, à moins que j’ai perdu un os dans le train ! » 

 « -Ta petite cousine vient te voir à Paris pendant ses vacances, surtout tu ne l’emmènes pas dans une boîte de drogués ! 

- Mais non je vais juste l’emmener dans une boîte de PD ! 

- C’est pas la même chose ? »

« - Ben tu manges pas ton chapon ?

   - Non je suis toujours végétarien. » 

«- Il est beau ce bébé, tu trouves pas qu’il ressemble à sa mère ?

  - Non. A la rigueur il ressemble à la Gambas qui est dans le plat devant moi mais c’est bien tout. »

« - Alors ça fait quoi d’être tonton ?

   - Rien. »

« - Toi au moins tu ne vieillis pas !

   - C’est pour ça que vous ne m’avez pas souhaité mes 30 ans ? » 

« - Mais t’as encore grandi ! ? !

   - Pas depuis dix ans. »

« - L’année prochaine on va être obligé de parler à ton petit neveu du père Noël, on peut pas y couper !

  - Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de traumatisés dans la famille ? »

« - Alors t’as été gâté ? 

  - Non ! »

« - Tu bois bien beaucoup de vin !

   - ça m’occupe ! »

« - Y’avait pas trop de circulation pour venir ?

   - Ben j’ai bien croisé quelques trains, mais pas plus que prévus sur le dépliant des horaires SNCF »

« - Y’avait pas trop de monde dans ton wagon ? 

  - Non j’avais pris une place en 1ère, tout le monde était en 2de ! »

« - Et tes parents ils doivent être heureux d’être grands-parents ! 

   - Je sais pas, en tous cas ma mère prends toujours son Prozac ! »

« - Ta mère et ta tante ne se parlent toujours pas cette année ! 

   - Et non ! Comme depuis 10 ans ! »

« - T’as vu ta cousine s’est cassée une jambe la pauvre ! 

   - Faut toujours qu’elle se fasse remarquer celle-là ! »

« - T’as pas grossi ? 

   - Je sais pas demande à ta mère elle m’a demandé si j’avais pas maigri ! »

« - C’est pas trop dur de vivre à Paris ?

   -  C’est pas trop dur de vivre en province ? »

« - A l’année prochaine alors ? 

   - Malheureusement ! »

Par Néo
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Mardi 17 janvier 2006

Je ne sais plus exactement quand suis-je devenu silencieux.
Dans mes souvenirs, je me revois toujours en train de parler, de déblatérer, sur tout, sur rien. Je ne sais plus vraiment quand la parole m’a quitté. J’ai toujours eu l’impression d’être un causeur ; et pourtant. Pourtant on m’a tant de fois reproché mes silences, on les a tant de fois attribué à de la timidité, tant de fois pris pour de la froideur, du snobisme.
En fait, aussi loin que je me souvienne mes incessantes paroles ont toujours été entrecoupées de longs silences. Mes proches m’ont toujours affirmé que je parlais à tord et à travers, sans relâche. Ce sont pourtant les mêmes qui un jour ou l’autre m’ont reproché de ne pas dire, de ne pas parler. Enfant on me faisait taire, parce que paraît-il j’étais saoulant ; on m’a aussi fait faire du théâtre pour que j’arrive à parler.

Longtemps ce fût un grand mystère pour moi que ces reproches sur mes silences. Le premier de mes silences dont j’ai le souvenir remonte à 1993, il dura 15 jours. Le visage imperturbable, je suis resté allongé une semaine le regard au plafond. 
Mes parents, désespérant de me voir ainsi, avaient fait venir un médecin qui après avoir déclaré que je faisais probablement une dépression (quelle perspicacité !) me dit la phrase la plus ridicule que l’on pouvait me sortir à ce moment là : « tu peux pleurer, tu sais, si ça peut te faire du bien, pleure un bon coup » et contre toute attente j’émis enfin un son : un long éclat de rire qui dura 20 minutes avant que je ne me replonge dans ma léthargie.  

 

 

Depuis, les mots avaient retrouvé le chemin de mes lèvres, mais on me disait toujours timide, réservé. Souvent les gens me reprochaient des silences inattendus. Je me souviens même d’une amie d’une amie qui me dit un soir que j’étais mystérieux et froid. En fait, je n’ai jamais compris ce que ces reproches de timidité, cette froideur invoquée, cette pseudo réserve venaient faire dans les traits de ma personnalité tant j’avais jusqu’à il y a quelques années l’impression d’être de ceux qui s’exprimaient tout le temps. 

Et puis il y a un peu plus de deux ans, en extase face au plafond de ma chambre d’hôpital, j’ai compris que personne ne m’entendait. Mes silences n’ont jamais été la marque d’une réserve quelconque, ni d’une timidité maladive. Je ne parle jamais autant que lorsque je suis silencieux, quand les mots ne veulent pas sortir.
Et c’est bien là mon souci majeur ! Tous ceux qui me côtoient ou m’ont côtoyé ont cherché des explications à mes silences. Tous ont essayé sans y parvenir d’interpréter ces longs monologues muets. Sachez juste que je n’y puis rien, je suis ainsi fait que parfois les mots sont là, bloqués sur le bout des lèvres, ils s’échappent avec ma respiration. 
D
epuis deux ans, ces silences se sont également propagés à tous les moyens de communications apparentés à la parole : les mails, les SMS, les coups de téléphones, les visites. Je suis capable de rester silencieux des jours entiers, de ce silence qui vous pèse tant,  qui vous fait croire que je suis distant ou méprisant.  

Combien ai-je perdu de proches lassés d’attendre ainsi mes mots ? Combien ai-je déçu de personnes qui s’attendaient à ce que je m’exprime ? Combien ont fuit face à mes silences ? Qu’ils soient doux, violents, amoureux ces mots restent à moi sans que je ne puisse rien faire pour vous les donner. Je crois que c’est un trait caractéristique de ma personnalité que ce débit de parole ponctué de plages de silence.

Par Néo
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Douleur Exquise ; Sophie Calle, Actes Sud 2003

Génération X ; Douglas Coupland ; Editions Robert Laffont, 1993

 

 

 

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