Jeudi 1er Décembre 2005, allongé sur le bitume quelque part sur les grands boulevards, je contemple le ciel noir dans lequel passent des pigeons et des mouettes. Je n’ai pas froid. La sirène ne cesse de retentir. Autour de moi, les autres sont silencieux. Eux aussi regardent ce ciel noir. Quand nous allons nous relever dans quelques minutes, le vent va nous saisir, nous serons glacés jusqu’aux os, mais pour le moment la chaleur du macadam nous fait oublier le froid de cette soirée.
Jeudi 1er Décembre 2005, une jeune fille marche entre nous. Elle crie : « Dying ! Allongez-vous ! Dying ! Vous représentez les morts du Sida ». Sa voix me parvient atténuée, sans doute à cause de mon écharpe que j’ai remontée sous ma tête et sur mes oreilles. Je croise les bras sur mon torse.
Jeudi 1er Décembre 2005, la sirène s’est arrêtée ; ne demeure que le silence. Un autre pigeon passe dans mon champ de vision. On ne voit jamais le ciel de Paris depuis l’asphalte hors mis à ce moment de l’année.
Jeudi 1er Décembre 2005, comme chaque année, je repose sur le sol d’une rue parisienne, je symbolise mon futur. Certains trouveront cette action morbide, pathétique, austère ; quelques-uns inutile et vaine ; d’autres agressive, provocante et violente ; d’autres encore n’y prêteront même pas attention. La première fois que je me suis mêlé à cette manifestation, je m’étais senti un peu ridicule allongé sur le pavé parisien ; cette année pour la première fois je m’y sens bien. Je contemple le ciel noir, je n’entends plus rien.
Jeudi 1er Décembre 2005, dans 15 jours j’aurai 30 ans.
Jeudi 1er Décembre 2005, ma Guerre n’est pas finie.
Jeudi 1er Décembre 2005, je suis encore en vie.



